Page 151 - Les merveilles de l'industrie T1
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             ou de soude, et que l’on fonde le tout, en .  . d’une enveloppe minérale non volatile, par
             employant un grand excès d’alcali (par '   exemple d’un sel fixe, qui en fondant par
             exemple parties égales en poids de sable et   l’excès de la chaleur, enveloppe toutes ses
             de carbonate de potasse), on obtient un verre   parties extérieures, la substance organique
             qui est presque entièrement soluble dans   pourra se détruire, se carboniser par l’action
             l’eau chaude.                             du feu, mais elle ne s’enflammera pas. Ne
               Les anciens chimistes appelaient liqueur   pouvant émettre de flamme, elle ne pourra
            des cailloux la dissolution dans l’eau de ce   communiquer l’incendie à distance.
             silicate de potasse, parce qu’on l’obtenait en   Cet enduit fusible et imperméable à l’air,
             fondant, avec du carbonate de potasse, des   Fuchs le trouva dans la liqueur des cailloux,
            cailloux, c’est-à-dire du sable siliceux. On ap­  ou verre soluble. Il prépara industrielle­
            pelait le même produit verre soluble, en raison   ment cette liqueur, y trempa des matières-
            de son caractère de solubilité exceptionnelle.  combustibles, telles que du bois, des étoffes,
               Les chimistes adonnés à l’analyse savaient   et il constata que ces matières brûlaient tou­
            également que tous les minéraux siliceux   jours sans flamme, et ne pourraient, dès lors,
            peuvent être privés de leur silice, lorsqu’après   que difficilement propager l’incendie.
            les avoir réduits en poudre, on les mélange   Dans un mémoire qui parut en 1821, et
            avec leur poids de carbonate de potasse, et   dont la traduction se trouve en grande partie
            qu’on calcine le tout dans un creuset, à la   dans le tome deuxième du Traité de chimie
            chaleur rouge. Dans ce cas, la silice du mi­  appliquée aux arts de M. Dumas (1), Fuchs-
            nerai est rendue soluble, en se combinant   proposa de revêtir les décors de théâtre de
            à la potasse et formant du silicate de potasse.   cette dissolution, pour les préserver de la
            La liqueur alcaline que l’on obtient ainsi,   combustion avec flamme.
            quand on la traite par un acide, laisse dé­  A une époque plus récente, c’est-à-dire
            poser la silice à l’état gélatineux.      vers 1850, on a voulu appliquer le verre so­
               Le silicate de potasse était donc bien connu   luble à prévenir l’inflammation des étoffes.
            des anciens chimistes ; mais on n’avait pas   On se proposait particulièrement d’empêcher
            songé à tirer un parti industriel de ce composé,   la flamme du gaz de la rampe des théâtres
            lorsque, en 1820, un chimiste de Munich,   de se communiquer aux robes légères des
            Fuchs, eut l’idée de s’en servir pour prévenir   danseuses ou des actrices en scène. On aurait
             la combustion des tissus et des bois avec   désiré également que ce moyen se généralisât,
            flamme. Expliquons-nous.                   et que le verre soluble pût être mêlé à l’ap­
              Toutes les matières végétales, le bois, les   prêt des étoffes, des tissus, etc., pour s’op­
            étoffes, le papier, ont besoin, pour brûler   poser à leur combustion avec flamme.
            de l’accès de l’air, en même temps que de la   En théorie, cette vue était séduisante ; mais
            chaleur rouge. Si on les calcine simplement   dans la pratique on n’a jamais pu la réaliser.
            dans un vase à l’abri de l’air, ces matières se   Assurément, il serait possible de préserver les
            détruisent, elles se transforment en produits   étoffes légères et inflammables des danseuses
             divers, qui laissent un résidu de charbon ;   de théâtre, en les imprégnant de verre solu­
            mais, dans ce cas, elles ne brûlent pas avec   ble. Mais c’est là une sphère d’application
            flamme. Pour qu’elles brûlent avec flamme,   bien bornée. Un treillage métallique placé
            il faut que l’air leur fournisse l’oxygène né­  devant les becs de gaz de la rampe, est d’un
            cessaire à leur transformation en acide car­  effet tout aussi sûr, et n’entraîne ni dépense
            bonique et en vapeur d’eau. Si donc on par­
            vient à recouvrir une substance combustible  (1) Pages 577-587, Paris, in-8“, 1830.
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