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146 MERVEILLES DE L’INDUSTRIE.
ou de soude, et que l’on fonde le tout, en . . d’une enveloppe minérale non volatile, par
employant un grand excès d’alcali (par ' exemple d’un sel fixe, qui en fondant par
exemple parties égales en poids de sable et l’excès de la chaleur, enveloppe toutes ses
de carbonate de potasse), on obtient un verre parties extérieures, la substance organique
qui est presque entièrement soluble dans pourra se détruire, se carboniser par l’action
l’eau chaude. du feu, mais elle ne s’enflammera pas. Ne
Les anciens chimistes appelaient liqueur pouvant émettre de flamme, elle ne pourra
des cailloux la dissolution dans l’eau de ce communiquer l’incendie à distance.
silicate de potasse, parce qu’on l’obtenait en Cet enduit fusible et imperméable à l’air,
fondant, avec du carbonate de potasse, des Fuchs le trouva dans la liqueur des cailloux,
cailloux, c’est-à-dire du sable siliceux. On ap ou verre soluble. Il prépara industrielle
pelait le même produit verre soluble, en raison ment cette liqueur, y trempa des matières-
de son caractère de solubilité exceptionnelle. combustibles, telles que du bois, des étoffes,
Les chimistes adonnés à l’analyse savaient et il constata que ces matières brûlaient tou
également que tous les minéraux siliceux jours sans flamme, et ne pourraient, dès lors,
peuvent être privés de leur silice, lorsqu’après que difficilement propager l’incendie.
les avoir réduits en poudre, on les mélange Dans un mémoire qui parut en 1821, et
avec leur poids de carbonate de potasse, et dont la traduction se trouve en grande partie
qu’on calcine le tout dans un creuset, à la dans le tome deuxième du Traité de chimie
chaleur rouge. Dans ce cas, la silice du mi appliquée aux arts de M. Dumas (1), Fuchs-
nerai est rendue soluble, en se combinant proposa de revêtir les décors de théâtre de
à la potasse et formant du silicate de potasse. cette dissolution, pour les préserver de la
La liqueur alcaline que l’on obtient ainsi, combustion avec flamme.
quand on la traite par un acide, laisse dé A une époque plus récente, c’est-à-dire
poser la silice à l’état gélatineux. vers 1850, on a voulu appliquer le verre so
Le silicate de potasse était donc bien connu luble à prévenir l’inflammation des étoffes.
des anciens chimistes ; mais on n’avait pas On se proposait particulièrement d’empêcher
songé à tirer un parti industriel de ce composé, la flamme du gaz de la rampe des théâtres
lorsque, en 1820, un chimiste de Munich, de se communiquer aux robes légères des
Fuchs, eut l’idée de s’en servir pour prévenir danseuses ou des actrices en scène. On aurait
la combustion des tissus et des bois avec désiré également que ce moyen se généralisât,
flamme. Expliquons-nous. et que le verre soluble pût être mêlé à l’ap
Toutes les matières végétales, le bois, les prêt des étoffes, des tissus, etc., pour s’op
étoffes, le papier, ont besoin, pour brûler poser à leur combustion avec flamme.
de l’accès de l’air, en même temps que de la En théorie, cette vue était séduisante ; mais
chaleur rouge. Si on les calcine simplement dans la pratique on n’a jamais pu la réaliser.
dans un vase à l’abri de l’air, ces matières se Assurément, il serait possible de préserver les
détruisent, elles se transforment en produits étoffes légères et inflammables des danseuses
divers, qui laissent un résidu de charbon ; de théâtre, en les imprégnant de verre solu
mais, dans ce cas, elles ne brûlent pas avec ble. Mais c’est là une sphère d’application
flamme. Pour qu’elles brûlent avec flamme, bien bornée. Un treillage métallique placé
il faut que l’air leur fournisse l’oxygène né devant les becs de gaz de la rampe, est d’un
cessaire à leur transformation en acide car effet tout aussi sûr, et n’entraîne ni dépense
bonique et en vapeur d’eau. Si donc on par
vient à recouvrir une substance combustible (1) Pages 577-587, Paris, in-8“, 1830.

