Page 152 - Les merveilles de l'industrie T1
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LE VERRE ET LE CRISTAL. 147
ni entretien. Quant à l’emploi général de ce des tissus et des bois est une opération qui
sel dans l’apprêt des robes et tissus, on doit a complètement échoué dans la pratique, et
songer au prix élevé du silicate de potasse, qui ne méritait pas les éloges unanimes
•qu’il faut renouveler à chaque blanchis qu’elle a fait naître dans le public, dans les
sage — à la roideur qu’il communique à l’é journaux, dans les livres et dans les cours de
toffe — à la solubilité du silicate de po chimie.
tasse dans l’eau, ce qui fait qu’on ne peut Ce système, d’ailleurs, n’avait rien de
•exposer à la pluie les tissus qui en sont im nouveau, car les anciens l’avaient mis en pra
prégnés — aux altérations de la couleur des tique. Les architectes grecs et romains con
tissus qui résultent de l’action de l’excès d’al naissaient la propriété, dont jouissent les sels
cali du verre soluble — à la propriété dé d’alumine et les sels alcalins, de rendre les
liquescente de ce sel, qui rend les étoffes sili- bois incombustibles. Aulu-Gelle nous apprend
catisées toujours humides, etc. On ne sera que Sylla, assiégeant le Pirée, ne put jamais
donc pas surpris d’apprendre qu’après quel parvenir à incendier une tour de bois cons
ques essais, entrepris avec le plus sincère dé truite par Archélaûs : cette tour avait été en
sir de réussite, on ait été forcé de renoncer duite d’une dissolution d’alun.
•entièrement à ce moyen préservateur. En 1740, un chimiste suédois, J. Faggot,
Quant aux décors de théâtre, le système de communiqua à l’Académie des sciences de
Fuchs n’a jamais été mis en pratique. On lit, Stockholm, des Observations sur la manière
il est vrai, dans tous les ouvrages de chimie, de garantir le bois de l'action du feu et de la
et on répète dans tous les cours publics, que pourriture, en l’aspergeant d’une dissolution
ce système fut mis en pratique, en 1821, pour de sulfate de fer et d’alun. En 1774, le chi
les décors du grand théâtre de Munich ; mais । miste Salbcrg entra dans de grands dévelop
M. Péligot, dans ses Douze Leçons sur la ver- ! pements à ce sujet.
rerie, dit qu’il tient de M. Fuchs lui-même Gay-Lussac a essayé, dans le même but,
« qu’on a eu, en effet, le projet de faire cette le phosphate d’ammoniaque; —M. de Bréza,
application, mais qu’on y renonça à cause en 1841, a proposé un mélange de sulfate
de la dépense qu’elle eût entraînée (1). » d’ammoniaque et d’alun; — M. Morin, de
Il faut bien savoir, d’ailleurs, que les toiles Genève, a conseillé l’oxyde de zinc; —
de décor ne servent souvent que deux ou M. Henri Masson, de Bruxelles, a proposé, en
trois fois, et que le même châssis de toile ou 1856, le chlorure de calcium, etc. Mais, dans
le même montant de bois sont très-souvent re la pratique, ces divers sels échoueraient cer
peints, un décornouveau remplaçant l’ancien tainement, comme a échoué le verre soluble.
sur la même toile. Par conséquent la dépense,
déjà considérable, de la silicatisation du dé- Un emploi plus rationnel du silicate de
•cor serait à renouveler à chaque nouvelle ap poiasse a été réalisé, vers 1855, par M. Kuhl-
plication de peinture. La peinture d’un décor mann, chimiste et célèbre fabricant de Lille.
de théâtre se paye, en général, 2fr,50 le mètre, | L’auteur a été conduit, par les applications de
et le prix de la silicatisation est de près de ce sel, à des résultats vraiment importants
2 francs pour la même surface. Les frais de pour l’industrie et Part des constructions.
peinture du décor seraient donc presque dou Nous voulons parler de l’application, qui a
blés par l’emploi du verre soluble. été faite par M. Kuhlmann, du verre soluble
En résumé, la silicatisation des étoffes, au durcissement des pierres tendres et des
divers matériaux de construction, ainsi que
D') Annales du Conservatoire, p. 448. de l’emploi du même verre soluble dans la

