Page 144 - Les merveilles de l'industrie T1
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LE VERRE ET LE CRISTAL.                                139


          trouva ces expériences inexactes. Examinant,   de T Académie des sciences, et qui tenaient à
          en effet, la décomposition de la lumière avec   Paris le sceptre des mathématiques, se hâ­
          un prisme de cristal et avec un prisme à eau,   tèrent de calculer les courbures sphériques
          Dollond constata des déviations différentes.   qu’il fallait donner à deux lentilles de verre et
          La loi de Newton était donc fausse. Dollond   de cristal,de force réfringente différente, pour
          entreprit alors des essais d’achromatisme.   réaliser l’achromatisme. Clairault reconnut,
          Seulement, au lieu de la lentille pleine d’eau   en outre, que la variété de cristal nommée
          dont Euler avait parlé, il prit une lentille   strass, et que nous avons signalée plus haut
          de crown-glass, c’est-à-dire de verre à vitres,   comme employée pour imiter le diamant,
          et il l’accola à une lentille de cristal. Il com­  était plus dispersive encore que le cristal an­
          posa ainsi un verre achromatique, c’est-à-dire   glais. Avec le strass et le verre à vitres, on
          qui réfractait la lumière sans la décomposer.  réussit, en France, à composer de bonnes lu­
            Dollond obtint, en 1759, un privilège pour   nettes astronomiques.
          la fabrication des nouvelles lentilles compo­  Mais une difficulté pratique immense ar­
          sées de deux substances vitreuses, et il pré­  rêta tout net l’industrie des verres d’optique.
          senta à la Société royale de Londres, pendant   Pas plus en Angleterre qu’en France, on ne
          la même année, une lentille achromatique,   pouvait parvenir à fabriquer le flint-glass
          dont les effets frappèrent d’étonnement toute   et le crown-glass en quantité un peu impor­
          l’Europe savante.                          tante. Quand on voulait faire un creuset de
            On rapporte qu’un autre opticien de Lon­  dix à douze livres de ces matières, on n’ob­
          dres, nommé. Hall, avait, de son côté, construit   tenait que des verres pleins de stries ou de
          des lunettes achromatiques, et qu’il réclama   bulles, et les lentilles taillées avec ces verres
          contre le privilège accordé à Dollond.     déformaient considérablement les objets. Les
          Hall reprochait à Dollond de s’être appro­  opticiens déclaraient que, sur cent livres de
          prié sa découverte. Hall prétendait que    cristal qu’ils achetaient pour tailler leurs
          pour empêcher qu’on ne devinât l’usage     lentilles, ils ne trouvaient pas de quoi faire
          qu’il faisait de ses lentilles, il en avait   un objectif de trois pouces. La puissance dis­
          confié l’exécution à deux opticiens logés   persive du cristal variait d’un échantillon à
           chacun à une extrémité de Londres. Mal­   l’autre, et même d’une couche à l’autre de
          heureusement les deux opticiens Hall et    la même masse de cristal.
           Dollond faisaient tous les deux tailler leurs   L’Académie des sciences employa le moyen
          verres par le même ouvrier. Dollond trouva   ordinaire des académies dans l’embarras. En
           par hasard les deux lentilles de verre et de   1770, elle proposa un prix pour la fabrication
           cristal chez cet ouvrier, et ayant reconnu que   d’unverre d’optique exemptde défauts, c’est-
           par leur réunion elles produisaient l’achro­  à-dire sans aucunes stries et d’une puissance
           matisme, il se trouva ainsi amené sur la   dispersive homogène dans toutes ses par­
           voie de sa découverte.                    ties.
             Celte histoire ne trouva pas grand crédit   Ce prix fut décerné en 1773.Mais, en dépit
           auprès du parlement anglais qui fut chargé   de la palme académique, la découverte dé­
           de vider le différend, car Dollond fut main­  sirée n’avait pas été faite, puisque la même
           tenu en possession de son privilège.      question fut remise au concours en 1786.
             Les savants de Paris se hâtèrent de se   Cette fois, on avait triplé la valeur du prix :
           mettre à l’œuvre, pour doter la France de   il était de 1,200 livres.
           ce précieux perfectionnement desinstruments   Maisles découvertes, dans la science oudans
           d’optique. Clairault et d’Alembert, membres   l’industrie, ne se décrètent pas en vertu d’une
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