Page 271 - Les merveilles de l'industrie T1
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266                   MERVEILLES DE L’INDUSTRIE.

                       l’ouvrage que nous citons, définit en ces    De l’aveu des peintres orneinentistes, le
                       termes le style rayonnant :               système rayonnant est le seul qui puisse
                                                                 satisfaire le goût et donner le meilleur em­
                         « Le titre de style rayonnant convient parfaite­
                       ment à la décoration de cette période, car on voit   ploi des ornements et des couleurs qu’il
                       qu’il a été conçu pour être appliqué principa­  s’agit de distribuer sur une surface cir­
                       lement à des pièces plates et circulaires, telles que   culaire.
                       les grands plats et les assiettes et, quoiqu’elle
                       convienne parfaitement aussi aux pièces ovales, aux   Les couleurs des pièces décorées dans le
                       octogones réguliers ou allongés, aux vases et autres   style rayonnant, sont presque uniquement
                       pièces debout, il n’est pas moins facile de reconnaî­
                                                                 le blanc et le bleu.
                       tre que l’emploi le plus parfait qu’on en puisse faire
                       est toujours celui qui s’adapte à la pièce circulaire   3° époque de l'inspiration chinoise, —
                       plus ou moins plate.                      Les faïences qui se rangent dans cette catégo­
                         « Ce système consiste dans la juxtaposition autour   rie se distinguent par l’emploi des couleurs
                       des bords de la pièce, et en s’appuyant sur le pour­
                       tour comme sur une base, d’une série de motifs   les plus éclatantes. C’est vers 1770 que
                       d’ornementation qu’on appelle quelquefois impropre­  commence ce genre de faïence.
                       ment un lambrequin, à cause d’une certaine ressem­  4’ époque du style rocaille. — Les
                       blance avec les lambrequins découpés d’un balda­
                       quin, expression qui conduit à établir une confusion   faïences rouennaises adoptèrent, vers 1780,
                       avec les véritables motifs de lambrequins employés   ce style de décoration, propre au temps
                       parles artistes de Moustiers, d’après Berain, et qu’il   de Louis XVI.
                       convient, par conséquent, de remplacer par celle de   En dehors de ces quatre divisions, Louis
                       dent, ou denticule, parce que ces motifs rappellent
                       bien plus exactement encore les dents de nappes,   Potier consigne à part pièces à figures, à
                       collerettes, fraises, etc. en travail de point coupé, si   titre d’exception. Elles sont contemporaines
                       répandu aux xvne et xvi« siècles.         du style rayonnant.
                         « L’ornementation de chacune de ces pièces consis­
                                                                    L’auteur que nous suivons a réuni dans
                       ta toujours dans un remplissage exécuté par le procédé
                       dit de réserve, c’est-à-dire que le motif réservé en   un tableau synoptique les groupes histo­
                       blanc sur le fond de l’émail à l’aide d’un trait qui   riques et génériques qu’il a établis dans
                       circonscrit la réserve à ménager est réchauffé de
                                                                  l’histoire des faïences rouennaises. Voici ce
                       bleu, couleur qui devient, pour ce motif, intérieure
                       au fond spécial. Le caractère de ce motif, ainsi que   tableau :
                       celui de la dent qui le renferme, est d’être symétri­
                       que dans toutes ses parties. On peut le partager per­  I.  Seizième siècle.... | Pavage du château d’Écouen.
                       pendiculairement en deux par le milieu, et les deux        11° Influence des fabriques de
                       moitiés seront parfaitement semblables en sens in­              Nevers.
                       verse. C’est le caractère absolu de la fabrication          2° Types hollandais et japo­
                       rouennaise à cette époque ; les exceptions sont si              nais.
                       rares qu’il est à peine besoin d’en tenir compte.           1° Décor en camaïeu bleu.
                         « C’est en quoi les motifs de cegenre diffèrent           2° Décor en camaïeu bleu re­
                       de ceux qui ont été employés à cette même époque   III.  Style rayonnant.  haussé de rouge et de
                       par la fabrication hollandaise, et même chinoise ou        ! 3° Décor régulier polychrome.
                                                                                       jaune.
                       japonaise. Ces derniers motifs en effet, renfermés         > 1° Bordures quadrillées ver­
                       d'ailleurs dans des dents de forme générale symétri­            tes, pagodes, etc.
                       que, consistent dans un remplissage de fleurs et de         2° Décor en bleu - lapis et
                       feuillages groupés sans aucune symétrie. L’effet,   IV.  Imitation chinoise  fonds lapis.
                       au premier aperu, peut sembler à peu près le               /1° Scènes galantes ou cham-
                       même ; mais à l’examen il est bien différent et sur­       !pê 1res.
                       tout il garde un certain vague, une apparence de            2’ Trophées, carquois, etc
                       fouillis qui contraste avec la netteté, la précision   V.  Style rocaille. ... 3° Corne d’abondance, fleurs
                       calculée et la correction du système rouennais (I). »           étalées.

                         (1) Histoire des faïences de Rouen, par L. Potier, œuvre   Type exceptionnel à figures (1).
                       posthume publiée par l’abbé Colas, 1 vol. in-4°, avec atlas
                       de planches coloriées. Rcren, 1870, page 769.
                                                                   (1) Histoire des faïences de Rouen, page 300.
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