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IL FAUT CROIRE AU
PÈRE NOËL
OËL 1943... A Lyon', la police, qui gloire, la ruée sur Paris, et maintenant
N jugeait le moment bien choisi, ra les troupes alliées sont à Sarrelouis, à
flait dans les rues. Là-haut dans
Mulhouse, à Montbéliard, sont à Stras
un chalet de Savoie, dans une bourg, et sur toute la frontière tâtent
« jasse » du Vercors, quelque part au mi l’Allemagne. En janvier 1943, de Gaulle
lieu des neiges, des réfractaires chan n’était encore que le chef d’un groupe
taient autour d’un feu. Pas de débarque héroïque, mais discuté par la plupart
ment, pas de ravitaillement, pas de para des puissances, en décembre 1944, de
chutages. C’était Noël et on ne s’en aper Gaulle est à Moscou, et notre prestige,
cevait pas... Mais tandis qu’on se cou notre drapeau, lavés, reparaissent à la
chait, et que la conversation, comme tous face du monde. Malgré les traîtres et les
les soirs, revenait se fixer sur l’espoir pourris, malgré les timides et les ponti
des lendemains, la vieille plaisanterie fes, le Libérateur à la Croix de Lorraine
des réprouvés, comme tous les soirs a a imposé le triomphe d’un acte de foi
fusé, mais qui dans cette nuit d’espé qu’ils appelaient absurdité et entêtement.
rance, prit soudain un sens tragique: Au régime de l’humiliation succède le
« Tu y crois, toi, au Père Noël ? ».
régime de la grandeur. L’an qui vient,
Mes camarades, le Père Noël est là.
nous le savons, apportera la dernière vic
C’est aux sapins d’Alsace qu’il accroche
toire.
aujourd’hui les lampions de la victoire.
Ainsi ceux qui ont cru malgré tout,
Le barbu a été long, mais il est là, les
pieds dans la neige des Vosges. L’his espéré malgré tout, ont eu raison. Voilà
toire dira que ce n'est pas de notre faute pourquoi, dans cette nuit sacrée, triom
si nous ne sommes pas tous avec lui à phe pleinement l’espérance. Français, il
la frontière du Rhin, mais nous y avons faut croire au Père Noël, et vous y avez
quelques camarades, quelques représen cru. Je veux dire qu’il faut croire au
tants qui, dans cette nuit de Noël, sau miracle, lorsqu’il est préparé par la vo
ront bien lui chanter nos chansons. lonté lucide et tenace de ceux qui ne
Nous étions des vaincus, nous voici des désespèrent pas, lorsqu’il est appuyé sur
vainqueurs. Nous avons eu tout ce que le sacrifice de ceux qui ont tout donné,
nous avions rêvé: l’assaut de la nation lorsqu’il est la manifestation de la foi
enfin dressée tout entière contre les ty d’un peuple rendu à lui-même et confiant
rans, la leve*e d’une armée dans sa jeune désormais dans son destin.
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