Page 15 - Apiculture Moderne
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ROLE DE L’ABEILLE.                  11

            trôlées plusieurs années de suite. Après avoir semé près d’un
            rucher du trèfle et du colza, il enveloppait plusieurs touffes d’une
            gaze qui les préservait du contact des abeilles. A la maturité des
            graines, il prenait le même nombre de capsules sur ces plantes
            abritées et sur d’autres qui ne l’étaient pas; il comptait les graines
            fournies par chaque lot de capsules : chaque fois il put constater
            que chez les plantes non abritées, et par conséquent visitées par
            les abeilles, leur nombre était de 50 à 60 pour 100 plus élevé.
              Chose remarquable, ces trèfles fréquentés par les abeilles con­
            tinuaient de grandir après la récolte, tandis que les autres ces­
            saient de croître.
              On peut répéter la même expérience en enveloppant de tulle
            une branche en fleur d’arbre fruitier. Les abeilles ne pourront
            pas venir y butiner, et plus tard on
            pourra constater qu’elle ne portera que
            peu ou pas de fruits, alors même que
            les autres branches de l’arbre en se­
            raient couvertes.
              En regardant les abeilles sur les fleurs,
            on se rend facilement compte de la façon
            dont la fécondation s’opère par leur
            intermédiaire. Notons d’abord que parmi
            les abeilles qui fréquentent les fleurs
            les unes récoltent spécialement du pollen
            et les autres du miel. Après avoir saisi   Jfy. 1.
            dans une fleur [fig. 1), au moyen de ses   Abeille récoltant le pollen
                                                 dans une fleur de coquelicot.
            mandibules, tout ce qu’elle a pu prendre
                                               Abeille emportant des pelottes
            de pollen, l’abeille s’élève un instant en   de pollen.
            voltigeant sur place ; elle agglutine ce
            pollen en y ajoutant probablement un peu de miel, pour le rendre
            adhérent. La petite pelote ainsi formée est fixée (en passant d’une
            paire de pattes à la suivante) aux cueillerons que portent exprès
            les jambes postérieures, puis le même manège recommence pour
            une autre fleur.
              En récoltant ainsi le pollen, l’abeille s’en répand sur tout le
            corps et si, en se posant ensuite sur une autre fleur, elle en frôle
            seulement le pistil, la fécondation sera artificiellement effectuée,
            et cela d’autant plus sûrement que le stigmate est enduit d’une
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