Page 12 - Historique du 7ieme bataillon Chasseurs Alpins
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déchiffré. Un officier alla en prendre la traduction à Nice et rap-
porta, le 28 au matin, l'ordre au 7e B. C. A. de rentrer immédiate-
ment à Draguignan.
L'idée de la guerre, dont les préparatifs allemands dénon-
çaient pourtant l'imminence aux clairvoyants, était ce matin-là loin
des esprits. Les compagnies achevaient l'installation de leurs can-
tonnements; des familles d'officiers et de chasseurs, en prévision
d'un stationnement de plusieurs jours, arrivaient à Annot, lorsqu'à
10 heures I 2 fut donné l'ordre du départ.
A I 3 heures 30, le bataillon se rassemble sur la grande place
qu'entoure la population silencieuse et grave. Les cœurs sont serrés
dans l'attente des événements, l'émotion e.,t profonde : à la sonne-
rie des clairons, la fanfare jouant la Sidi-Brahim, les fanions
déployés, les bazonnettes étincelantes dans le soleil, le bataillon
s'ébranle 'vers sa destinée. Glorieuse ou sombre, on peut être sûr
qu'il J' marchera à fière allure!
Gette guerre de quatre ans a vu couler bien des jours tragiques:
il n'en est jas qui m'aient laissé plus forte empreinte que ceux qui
suivirent.
D' Annot à Draguignan, sur le passage du bataillon, les popula-
tions des villages se pressent; des fermes et des habitations isolées,
les habitants accourent au bord du chemin. Les regards interrogent
et disent l'angoisse des cœurs, l'infinie pitié des mères pour les
enfants que le carnage appelle, mais aussi la fierté d'une race qui
sait affronter la guerre sans trembler; on s'informe, on questionne:
nul ne doute que le devoir doii 1 e être accompli jusqu'au bout.
Le 31 juillet, le bataillon rentre à Draguignan et défile au
milieu d'une foule recueillie, aux accents entraînants des fanfares
et des cors, sous la voz2te presque obscure des grands platanes où le
soleil filtre des rais d'or.
A peine l'ordre de mobilisation est-il publié que les réservistes
affluent, beaucoup devançant l'appel de 12 ou de 24 heures.
Ils proviennent de tous les cantons du Midi de la France, de
la Corrèze au Pays Basque et des Alpes aux Pyrénées. Chez tous,
on note la même résolution, la même volonté froide et raisonnée de
répondre de tout leur effort à l'appel de la Patrie menacée : nulle
jactances, nulle bravades.
Le départ, fixé d'abord au premier jour de la mobilisation, est