Page 8 - RI3_Francs_tireurs
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De  l'obstination,  il  en  a  fallu,  là  comme  ailleurs,  pour
             arriver,  malgré  les  polices  française  et  allemande,  malgré  les
             expéditions  répressives,  à  former  de  rien,  et  à  maintenir,
             les  bataillons  clandestins  qui  devaient  prendre  part  à  la  libé-
             ration.  Lisez  les  divers  chapitres  de  cette  étude,  lisez  plus
             particulièrement  le  chapitre  V,  vous  verrez  comment,  bien
             souvent,  l'œuvre  accomplie  était  à  peu  près  totalement  dé-
             truite,  comment  la  répression  supprimait  d'un  coup  presque
             tous  les  responsables  d'un  sous-secteur,  comment  les  dé-
             tachements  étaient  décimés  et  des  maquis  dispersés .. 1\1ais
             vous  voyez  aussi  comment,  en  tous  les  cas,  l'œuvre  était
             r:!prise,  comment  un  nouveau  chef  la  reprenait  en  main  et
             ressaisissait  les  fils,  comment  les  survivants  se  regroupaient
             avec  un  courage  indomptable,  comment,  en  définitive,  face
             à l'oppresseur,  les  minuscules groupes  du  début sont devenus,
             dans  l'action  et  par  l'action,  des  détachements,  des  compa-
             gnies,  des  bataillons,  qui  ont  fini  par  libérer  en  de  vastes
             actions  militaires,  Thonon  et  Evian,  Cluses  et  Chamonix,
             Annemasse  et  Annecy,  et  qui  ont  poursuivi  l'envahisseur  jus-
             que dans  l'Ain  et  dans  la  Savoie.

                Jusque-là,  il  a  fallu  de  la  ténacité,  du  courage  et  de  l'au-
             dace.  Il  ne  suffisait  pas,  pour  en  arriver  là,  de  s'inscrire  sur
             une  liste  clandestine,  pour  revêtir  un  uniforme  d'officier  au
             jour  f.  Il  fallait,  par  une  longue  suite  de  reconnaissances,  de
             coups  de  main,  d'embuscades,  d'attentats,  de  sabotages,  ac-
             quérir  soi-même  et  donner  aux  masses  populaires  la  convic-
             tion  que  l'ennemi,  si  fort  qu'il  parût,  n'était  pas  invulnérable.
             Il  fallait  aussi  le  démoraliser,  en  lui  montrant  qu'avec  toutes
             ses  forces  de  répression,  et  si  lourdes  que  furent  les  pertes
             qu'il  nous  infligeait,  les  siennes  étaient  plus  lourdes  encore.
             C'est  la  gloire  des  Francs-Tireurs  et  Partisans  Franrnis,
             c'est  la  gloire  de  Charles  Tillon,  leur  fondateur  et  leur  chef,
             d'avoir  maintenu,  seuls  au  début  dans  toute  la  Résistance,
             et  d'avoir  fait  triompher  cette  doctrine  :  ce  n'est  pas  en
             faisant  l'exercice  qu'on  apprend  à  se  battre ;  c'est  en  se
             battant.

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