Page 653 - Les merveilles de l'industrie T1
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INDUSTRIE DU SEL.                                649


         en général, du sud au nord, le long des côtes. Ces   le mercure de l’éprouvette lors du renversement.
         contre-courants doivent nécessairement ramener,   Cette dernière opération s’effectue au moyen de
         des régions méridionales de la mer Morte, des eaux   l’appareil à détente, en lâchant un curseur de
         plus denses et plus chargées de matières salines   plomb qui vient frapper sur un plateau fixé à une
         que celles du courant principal émané du Jourdain.   tige coudée formant verrou devant l’ouverture d’un
         C’est probablement à ces complications qu’il faut   cylindre de cuivre dans lequel elle glisse à frotte­
         rapporter la cause des différences si notables ma- ।  ment doux ; l’abaissement de cette tige détermine
         nifestées par l’analyse entre certains échantillons   le détachement de l’appareil à puiser qui décrit
         d’eau recueillis près de l’îlot, à l’extrémité nord- !  une demi-révolution, et se maintient dans la posi­
         ouest de la mer Morte, où doit arriver un contre-   tion inverse, grâce à une tige de fer qui le relie à
         courant latéral, et ceux qui ont été pris en un point   l’appareil à détachement. Le mercure descend dans
         du même rivage, plus rapproché de l’embouchure   la cuvette et l’eau le remplace dans l’éprouvette.
         du Jourdain, où l’influence de ce grand courant i  Tel est l’appareil dont M. Aimé s’est servi dans ses
         d’eau douce se fait ressentir.            études sur l’eau de la Méditerranée; c’est cet appa­
           « Des variations de composition non moins impor­  reil qui a été employé dans nos recherches, et
         tantes doivent, d’ailleurs, se manifester dans les   dont on aurait pu généraliser l’emploi en le per­
         eaux superficielles de la mer Morte, sous l’influence   fectionnant. C’est cet appareil qui a été employé
         de causes plus générales. On pouvait aisément pré­  dans nos recherches. >>
         voir que leur densité croît du nord au sud, malgré
         l'action régularisatrice des courants, puisque la ma- I   Ici M. Lartet donne la description de
         jeure partie des eaux douces vient du nord, tan­
         dis que sur le rivage sud se trouvent des masses   l’instrument de M. Aimé, qui a servi à re­
         salines considérables.                    tirer de la mer Morte des échantillons à
           « 11 y a encore à ajouter à ces variations celles   toute profondeur. L’instrument était retiré
         qui dépendent des saisons.                delà mer avec l’échantillon d’eau recueillie:
           « Ces considérations suffisent donc pour montrer j
         que l’on ne possédait jusqu’ici que des données fort   on prenait la densité de l’eau ; puis on l’intro­
         incomplètes sur la salure superficielle de la mer   duisait dans un tube de verre terminé par
         Morte, et que l’on n’avait aucune notion de la com­  une extrémité effilée, que l’on fermait en la
         position des eaux de ce lac aux différentes profon­
         deurs.                                    soudant au chalumeau. Ces échantillons
           « Pour arriver à des conclusions plus certaines à   ainsi parfaitement mis à l’abri de l’air,
         l’égard de la salure de la mer Morte, on devait se   étaient mis à part. Rapportées à Paris, les
         livrer à u:ie série de recherches portant, non plus   eaux contenues dans ces tubes furent ana­
         sur un seul point de la surface, mais bien sur les
         différentes parties de cette nappe d’eau et sur les di­  lysées par M. Terrai, chimiste du Muséum
         verses prof ndeurs de sa masse.           d’histoire naturelle.
           « L’expédition de M. le duc de Luynes, dont j’eus   Les résultats des analyses des eaux de la
         l’honneur de faire partie, et la construction d’une
         embarcation spéciale, le Ségor, qui devait nous per­  j mer Morte, rapportées par les membres de
         mettre de séjourner plus de 20 jours sur les eaux   l’expédition scientifique du duc de Luynes,
         de la mer Morte, nous facilitaient beaucoup l’ac­  sont contenus dans le tableau qui va suivre
         complissement de cette tâche. M. Daubrée, notre
         savant professeur du Muséum, en m’encourageant à   et que nous empruntons au mémoire de
         poursuivre ces recherches, voulut bien me signaler   M. Louis Lartet.
         l’appareil dont M. Aimé s’était servi dans ses études   Voici ce premier tableau, page 6S0.
         sur les eaux de la Méditerranée.
                                                     Ce tableau donne le résultat des analyses
           « Cet appareil, peu connu des marins, est cepen­
                                                   quantitatives de trois échantillons de l’eau de
         dant fondé sur une idée ingénieuse, et, mieux uti­
         lisé, il aurait pu rendre de grands services, notam­ | la mer Morte recueillis à la surface, dans la
         ment dans l’étude des courants sous-marins. 11 se   partie septentrionale, moyenne et méridio­
         compose essentiellement de deux pièces principales,
         l’appareil à puiser et l’appareil à détente destiné à   nale de cette mer. On y trouve ensuite l’ana­
         faciliter le renversement du premier lorsqu’on est   lyse de l’eau de la mer Morte recueillie à
         arrivé à la couche d’eau que l’on désire étudier. Le   l’aide de l’appareil de M. Aimé, à 20 mètres,
         premier de ces appareils se compose d’un tube de
                                                   à 42 mètres, 120 mètres, 200 mètres, et
         fer renfermant une éprouvette pleine de mercure
         et ajusté â une cuvette conique destinée à recevoir  300 mètres de profondeur.
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