Page 5 - Coeurs Vaillants Num 29
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UNE VIE BIEN REMPLIE sait un groupe d’indiens Utes. Une rencontre eut lieu et la
Williams avait dix-sept ans, en 1804, l'année au cours de plupart des Peaux Rouges furent massacrés. Les survivants
laquelle la Louisiane fut cédée à f Amérique par la France. Il réussirent à s’échapper et rencontrèrent William le lendemain.
habitait alors avec sa famille à Saint-Louis, sur le Mississipi, Tandis que Old Bill les saluait d'un geste amical, plusieurs
ville fort importante, car elle était le centre du commerce des Utes se saisirent de leurs armes et le tuèrent d’une balle en
fourrures et le relais de caravanes partant vers l’Ouest. Le plein front.
jeune garçon était préparé pour mener une vie d’aventures. Le jour suivant, ils apprirent alors qu’ils avaient tué un
Il était un chasseur habile déjà familiarisé avec la rude exis fidèle ami des Indiens. Ils retournèrent sur les lieux et don
tence des coureurs de pistes et parlait plusieurs dialectes nèrent une sépulture à Old Bill.
indiens. Aujourd'hui, le souvenir de Old Bill Williams est toujours
Il partit donc vers les terres nouvelles s’étendant au-delà vivace en Arizona. Au pied de la montagne qui porte son nom,
du fleuve, décidé à porter la bonne parole dans les tribus s’élève une ville prospère, Williams, qui est un important
peaux-rouges, car il était profondément croyant. Il se rendit centre touristique.
ainsi chez les Indiens Osages qui l'adoptèrent et dont, pendant DE CURIEUX TOURISTES
trois années, il partagea la sauvage existence. En 1813, il se
maria avec une jeune Squaw, qui lui donna deux filles. Mais à Un certain nombre des habitants de cette ville ont constitué
la mort de sa compagne, en 1825, Williams quitta ses amis un curieux et pittoresque groupe, les Bill Williams Mountain
Osages et devint le chef d’un comptoir commercial pour le 'Men, qui s’évertue de rappeler, à tous, l’audacieux pionnier.
compte du gouvernement. Connaissant fort bien la région Ils sont environ une cinquantaine qui font le serment de porter
autour de Fort-Osage, ayant, dans chaque village indien, la barbe et de se réunir aussi souvent que possible. Us sont
des amis sûrs, il rendit d’innombrables services et convertit au alors vêtus de costumes de cuir à franges et coiffés de la toque
christianisme un bon nombre d’indiens qui, désormais, en renard avec la queue pendant sur le côté. Ils entreprennent
vécurent avec les Visages Pâles en bonne intelligence. de grandes randonnées dans la Prairie. Dédaignant les routes
Bill Williams était si estimé de ses amis rouges, que ceux-ci nationales, les Highways, ils suivent les pistes, les tracés à
donnèrent son nom à une chaîne de montagnes, au nord de peine visibles dans les dunes de sables, les chemins au milieu de
Phœnix, non loin du Grand Canyon. l’abondante végétation des forêts, ils explorent les profonds
Le courageux pionnier menait une existence rude. Il portait canyons, vivant à la belle étoile, des jours durant. Leur plus
le costume en cuir cher aux trappeurs, était coiffé d’une toque extraordinaire randonnée est celle qu’ils effectuent, chaque
en renard et chaussé de mocassins. année, pour se rendre au Rodéo annuel de Phœnix. Ils
Pendant de nombreuses années, il chassa les animaux à forment alors une caravane de près de cinquante cavaliers
fourrures pour plusieurs compagnies, parmi lesquelles la avec des mules portant matériel et ravitaillement. Pendant
Missouri Furs Company et la célèbre Compagnie de la Baie cent quatre-vingt-cinq miles, ils vivent comme les coureurs de
d’Hudson. Tout alla bien jusqu’en 1846, année au cours de pistes d’autrefois. Ils font étapes dans les clairières, les
laquelle le prix des pelleteries baissa terriblement. Old Bill — criques et les points stratégiques aux noms étranges, Wild
ainsi on l’appelait désormais — retourna en Arizona, en Cat Draw, Texas Gulch, Wolf Greek, Black Canyon ou
compagnie d’ui> trappeur d’origine française, Auguste Leroux. Apache Peak.
Plusieurs fois, il fut sollicité pour guider des détachements de Et pourtant, dans la vie courante, ces hommes, qui semblent
l’armée américaine, qu’il conduisit jusqu’aux abords du sortir d’un film de Western, sont de paisibles commerçants.
Grand Lac Salé, chez ses amis Utes, qui le reçurent avec bien L’un dirige un motel, l’autre une blanchisserie, un troisième
veillance, bien qu’ils fussent, alors, en guerre avec les Blancs. est agent d’assurance, un autre ingénieur des Pbnts et Chaus
Lorsqu’en octobre 1848 le colonel Frémont organisa une sées ; plusieurs sont dans des entreprises pétrolières ou bieu
expédition pour visiter les Montagnes Rocheuses, il demanda restaurateurs. L’un d’eux même est juge tandis que leur chef
à Old Bill de lui servir de guide. Plus d’une fois, les deux actuel est le Dr Martin C. Flohr.
hommes ne furent pas d’accord. Il y eut notamment une vive Ces curieux et sympathiques garçons, ainsi, jouent au
discussion sur la route à suivre. La caravane eut à lutter « cow-boy » pour la satisfaction de tous. Ils sont, en effet,
contre de nombreux obstacles, contre la pluie et le froid. Elle pour les touristes, une attraction de choix et les visiteurs ne
perdit trente-deux hommes. Par la suite, Frémont devait manquent pas de s’attarder dans leur ranch. Inutile de préci
rendre Williams responsable de tous leurs malheurs, mais ser qu’ils sont tous d’excellents cavaliers, que tous savent
cette injuste accusation fut aisément réfutée. Frémont, manier le lasso et se servir de la Winchester.
embarrassé, sans vivres, délégua le vieux trappeur jusqu’à Il y a certainement, parmi nos jeunes lecteurs, plus d’un
Taos pour y chercher du ravitaillement. Old Bill partit. A qui aimerait rencontrer les Bill Williams Mountain Men, ces
Taos, il acheta des provisions et reprit le chemin du retour, trappeuês du XXe siècle qui s'efforcent de maintenir vivant
avec un seul des deux frères et douze Mexicains. Tandis qu’ils un passé pittoresque et attrayant.
progressaient dans la Prairie, l’armée américaine pourchas George FRONVAL.